Pourquoi l’écologie rend heureux ou comment je suis devenue écolo

J’ai toujours pensé que j’étais plutôt écolo. D’abord, j’ai grandi dans une maison entourée d’un grand jardin, au milieu de la forêt. Ça donne une fibre nature, forcément. Pour le reste, sur la Côte d’Azur, on n’était pas non plus en terre zadiste… mais c’était un début.

 Comment prendre conscience de la gravité de la situation et agir… ou pas

Changement d’époque et de décor : fraîchement sortie de l’adolescence, je me retrouve au bout du monde en échange universitaire à Sydney. À l’anglo-saxonne, je peux choisir les cours qui me plaisent. Entre « Comprendre l’Allemagne nazie » et « Une histoire mondiale de la vie nocturne : du Moulin Rouge aux raves (j’adore les anglo-saxons !) », il y a « Développement comparatif : monde riche, monde pauvre ».

C’est dans ce dernier cours, un peu par hasard, que j’ai dû écrire une longue dissertation sur « Le développement durable et les pays en voie de développement ». (Petit aparté, en France on ne moufte pas en classe et on bachote pour les examens, alors que là-bas on participe beaucoup en cours – quitte à dire des énormités mais tout le monde s’en fiche–, et  on nous demande un vrai travail personnel à faire à la maison.)

Bref, je n’ai jamais autant été à la bibliothèque et je me suis plongée dans les questions de « développement durable » et d’écologie pendant une bonne semaine. Comme tout le monde, je connaissais ce terme : je savais que le développement durable c’était bien, et que le monde tel qu’il fonctionnait à présent c’était pas terrible.

Ce que je n’avais PAS compris avant, c’est que nous étions déjà sur une voie de développement tellement peu durable que la survie de l’humanité était compromise, mais vite ! Très vite même, on parlait du 21è siècle. On était en 2004, j’avais 21 ans, et je vivais dans un siècle qui serait peut-être le dernier de l’humanité. Cheers !!!

Franchement, ça a été une énorme claque. De tout ce que j’avais lu, je savais qu’il existait des solutions mais elles semblaient si éloignées de nos modes de vie que ça paraissait impossible. Et puis je n’en avais jamais entendu parler nulle part.

À partir de là, vu mon manque de maturité et l’absence globale d’intérêt suscité par le problème autour de moi, j’ai choisi d’étouffer mon angoisse environnementale. Aussi sec, elle s’est incrustée dans mon monde intérieur, rejoignant ses copines tourmentées par l’injustice, la misogynie ou le racisme. Y’avait du monde là-dedans, mais elle tenait une bonne place !

J’ai quand même commencé à faire ce qu’il fallait : trier mes déchets, faire la vaisselle avec le moins d’eau possible, manger bio de plus en plus… c’est à peu près tout. Ça n’a jamais suffi à faire taire le petit monstre, et les années ont passé.

Chômage, société du « changement » et écologie

Nouveau saut temporel. J’ai 33 ans, c’est tout récent. Huit ans que je travaille dans le film documentaire, quand je me retrouve au chômage. Les monstres sont toujours là, pour être honnête ils me pourrissent la vie. J’ai beaucoup appris dans mon travail en participant à des films sur l’économie, l’alimentation, la politique…

Au chômage, j’ai le temps de réfléchir (à mon avis la chose la plus importante pour changer les choses : se poser, réfléchir, se renseigner. Avec la tête dans le guidon c’est plus difficile, dans ce cas il faut prendre sur son temps libre)…

J’ai le sentiment de plus en plus fort d’une transition profonde vers un monde nouveau, de la fin d’une ère dont les spasmes seraient les bouleversements de l’actualité. Je veux mieux comprendre ce qui se passe et où en est l’avenir. Je commence à ouvrir l’œil, à chercher. Des groupes de réflexion, des conférences. J’en repère une dont le titre m’interpelle : « 2050 : fin de partie ? ». Elle parle de « collapsologie », ou de l’effondrement inéluctable de la civilisation industrielle à assez court terme. Je sens mon petit monstre s’agiter. Dois-je y aller et prendre le risque de nourrir mon angoisse ou rester prudente et garder le statu quo ?

J’y suis allée ; je ne l’ai pas regretté. Ce qui s’y est dit n’était absolument pas rassurant, mais très instructif, et surtout quel soulagement de constater que pendant tout ce temps je n’étais pas folle ! J’ai découvert des dizaines de personnes qui se posent les mêmes questions que moi, des « équilibristes de l’optimisme réaliste » comme je nous appelle ! D’un coup je n’était plus seule.

J’ai donc pris la décision de trouver ma place dans ce changement de monde et j’ai découvert toute une nouvelle société d’acteurs du « changement » dont je ne soupçonnais pas l’existence (dont on peut voir un échantillon dans le documentaire Demain qui a eu tant de succès en 2015, pour commencer).

L’écologie a vite été une évidence parmi tous les champs où s’engager, même si en fin de compte je n’y connaissais rien. C’est ce que j’ai réalisé quand j’ai commencé à me demander, devant la feuille blanche de mon futur projet : bon, et moi par exemple, qu’est-ce que je pourrais faire pour mieux protéger la planète ? Je ne me doutais pas de la quantité de réponses à cette question, puis de nouvelles questions en découlant. Une chose était sûre, j’étais très loin d’être écolo !

Alors j’ai commencé à prendre le chemin de ma transition écologique personnelle, avec deux idées phares :

1. Tout produit ou service, dans tous les domaines, a un cycle de vie. La plupart, de la manière de produire à la destruction ou la fin du service, ont un bilan écologique lamentable. D’autres, de plus en plus nombreux, sont « éthiques » et respectueux de l’environnement. Connaître ce cycle de vie, c’est faire des choix en toute conscience, car…

2. …OUI, tout le monde a un vrai pouvoir, immense, celui du portefeuille. Bien plus puissant et efficace que le vote politique, puisqu’il est QUOTIDIEN et direct. C’est la vérité qui est venue balayer les discours qu’on s’est tous déjà faits : « Ça ne sert à rien, je ne peux rien faire à mon petit niveau, on est impuissants », ou « C’est aux politiques et aux entreprises de faire quelque chose, ensuite on suivra ! ». Car acheter, ou ne pas acheter, c’est envoyer un signal au marché qui scrute nos moindres faits et gestes. Les politiques sont touchés par ricochet puisqu’ils sont intimement liés à l’industrie !

Mais le jour où je me suis vraiment sentie écolo, c’est quand je me suis rendue compte que mon petit monstre d’angoisse était parti !

Bon, on ne va pas se mentir, il pointe encore son nez quand je regarde le film « Avant le déluge » de Leonardo di Caprio, ou que je lis des infos comme « La moitié des vertébrés ont disparu en 40 ans ». C’est inévitable.

Mais la différence avec avant, c’est que le stress est passager et que je retrouve vite la force d’avancer vers un nouveau mode de vie, vers un avenir possible. Parce que j’ai réalisé 1. que cette transition vers l’écologie me passionne 2. qu’elle me rend plus heureuse que jamais !

Peut-on être heureux et vivre coupé en deux ?

Alors j’en profite pour conclure avec un petit mot sur le bonheur. Il y a une citation de quelqu’un de très sage et important (promis dès que je m’en rappelle je vous le dis) qui dit en substance que le bonheur est atteint lorsqu’on agit en accord avec ses valeurs. Or quand on y réfléchit, quand on gratte un peu pour voir ce qu’il y a derrière, notre façon de consommer et de vivre n’est pas en accord avec nos valeurs humanistes, démocratiques, avec notre émerveillement devant la beauté de la nature, avec notre désir de vivre longtemps sur une planète saine et d’assurer un avenir à nos enfants.

Nous vivons en permanence « le cul entre deux chaises », désespérés par les maux du présent et l’avenir qui s’annonce mais conformistes au modèle de surconsommation qui est la cause même des catastrophes actuelles et à venir. C’est une position difficile à tenir – et soit dit en passant je pense que ces contradictions profondes et permanentes sont liées à l’absorption massive d’anti-dépresseurs et à la forte prévalence des maladies mentales en occident.

Donc, à part pour les vrais cyniques dans l’âme, chacun a tout intérêt à retrouver un lien sincère, quotidien avec la nature, qu’elle soit sous nos yeux ou à l’autre bout du monde. Et troquer un mode de vie hédoniste jouisseur avec une recherche épicurienne du plaisir. Ce qui n’est pas la même chose, jugez vous-même ces mots d’Épicure : « Il n’est pas possible de vivre heureux sans être sage, honnête, et juste. Ni d’être sage, honnête, et juste sans être heureux. »

 

Crédit photo : Into the wild

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