Nantes et alentours, les premiers pas du Super Boby Tour

 

Près de deux semaines après le départ du Super Boby Tour, nous nous devions de sortir du silence.  Comment être brefs mais raconter nos expériences sans trop de frustration ? Malheureusement on n’a pas encore trouvé la réponse, donc cet article est très long. On a quand même tenté une forme un peu différente : ne retenir que quelques idées qui ressortent. Une façon d’assumer la subjectivité d’un récit qui pourrait être encore 10 fois plus long…

Bonne lecture !

 

1. Tours : microfermes en permaculture et police de l’environnement 

Fermes d’Avenir : des rendez-vous reportés mais on vous raconte quand même !

Notre étions à Tours chez une amie pour notre première escale. Nous avions prévu d’aller au domaine de la Bourdaisière, mais la météo et notre planning nous en ont empêché. Ce château-hôtel appartient à une figure locale qu’on surnomme « le Prince Jardinier« . Il y a là-bas un potager, un Conservatoire national de la Tomate et un jardin de dahlias… mais aussi la première ferme du réseau Fermes d’Avenir, une asso créée là-bas en 2013 pour promouvoir l’agroécologie et la permaculture.

Cette microferme expérimentale a servi de modèle pour créer une boîte à outils à destination de ceux qui veulent développer une ferme en permaculture à partir de rien, en visant la viabilité économique. De juin à septembre 2017, l’asso organise un « Fermes d’Avenir Tour » ouvert à tous. On a prévu d’aller rendre visite à l’une de ces fermes sur le chemin.

 

Rencontre avec un « policier de l’environnement »

À Tours, nous avons aussi rencontré un agent de l’Agence française pour la biodiversité. Son rôle est de faire respecter les lois environnementales. Les entrevues peuvent être tellement tendues que lui et ses collègues portent une arme pour se défendre au cas où ça tourne mal. Leur surnom à eux, c’est les « cowboys » et ce n’est pas très affectueux…

Ce qu’on a retenu :

On a appris l’existence de cette « police », et c’est chouette ! La loi n’a pas changé mais elle est de mieux en mieux appliquée, parce que la justice prend conscience (comme beaucoup de gens) que c’est important de protéger la nature. Les pollueurs se prennent des amendes de plus en plus dissuasives. Certains se sentent persécutés, d’où leur agressivité occasionnelle.

– Le pire pollueur en campagne est l’agriculture intensive, mais ce n’est pas le seul. Il y a aussi les entreprises, et même les collectivités. Nous avons entendu des histoires passionnantes de grandes entreprises de travaux publics totalement indifférentes à l’écologie mais soucieuses de leur image, de maires mégalos aux projets démesurés…

Il existe un trafic de pesticides interdits en Europe, dont on retrouve des molécules dans les cours d’eau et qui sont utilisés parce que peu chers, évidemment. Dans un autre registre, des subventions européennes pour des mesures agroenvironnementales (conservation de haies, réduction des intrants…) sont empochées par l’agriculture intensive parce qu’il n’y a aucun contrôle et tout le monde le sait.

– Le bio démontre de plus en plus sa rentabilité, alors que les autres agriculteurs ne s’en sortent pas : les mentalités pourraient changer plus rapidement que prévu !

 

2. Rêve d’Evre, une graine d’oasis sur le chemin de Nantes

Nous avons eu la chance d’assister à une journée de présentation du projet d’Elsa et Antoine, Rêve d’Evre. Merci à Maël Pondaven, compagnon Colibris, de nous y avoir invités ! C’est une grande propriété dans un cadre bucolique, où se trouvent deux immenses bâtiments à réhabiliter entièrement : une ancienne minoterie (moulin industriel) et une maison attenante. Leur projet est de vivre sur place, avec d’autres familles, et d’accueillir du public pour des activités et ateliers divers liés à l’écologie, la culture, le vivre-ensemble…

Ce qu’on a retenu :

– On a découvert le concept d' »oasis », développé par Pierre Rabhi dans les années 1990. C’est un endroit qui tend vers 5 principes majeurs : Autonomie alimentaire — Écoconstruction/ sobriété énergétique — Mutualisation — Gouvernance démocratique — Ouverture sur le monde (pour en savoir plus c’est ici).

Dans ces îlots censés être reliés entre eux, le développement se fonde sur l’humain et la nature plutôt que sur l’individualisme et la consommation. Il y en a environ 400 en France aujourd’hui, mis en réseau par le Mouvement Colibris.

On peut faire un chantier « Zéro déchet », ou en tous cas viser cet objectif. Ça veut dire réutiliser (ou au pire recycler) tout ce qu’on jetterait habituellement. Pour cela il faut de l’espace pour stocker, du temps pour attendre d’avoir besoin des choses, et de l’intelligence pour trouver de bonnes idées ! Je fais ça à la maison avec ce que j’appelle ma « poubelle propre », et dès que j’y retrouve quelque chose qu’on aurait dû racheter dans le commerce, j’adore.

 

oasis

oasis

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oasis

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3. Nantes : circuits courts, pros du recyclage, pépinière solidaire, autoconstruction…

Ô Bocal, l’épicerie comme il en faudrait partout

Épicerie vrac, bio, locavore : à Ô Bocal elles font tout bien comme il faut (oui, il n’y a que des femmes). Outre la disparition des emballages et une meilleure santé avec le bio, les atouts majeurs sont le développement économique local et la réduction des distances de transports.

Ce qu’on a retenu :

– C’est un business nouveau et ça marche ! Il suffit de (re)démocratiser les courses de vrac et ça pourrait marcher partout. Fastoche. Je fais toujours la pub du livre de la Famille (presque) zéro déchet – Ze Guide, alors hop.

– Vive le retour de la consigne de verre ! Tous les bocaux et bouteilles de verre sont rendus aux producteurs pour lavage et réemploi, grâce à une association qui organise tout ça d’une main de maître (féminine elle aussi) : Bout’à’bout. L’avenir, tout simplement.

 

epicerie vrac

epicerie vrac

epicerie vrac

epicerie vrac

 

Une formation unique en France qui fait gagner de l’argent aux entreprises grâce au recyclage

À Ô Bocal, puis ailleurs en ville, nous avons repéré un excellent média nantais en forme de carte géographique à déplier : le MAP, Magazine des Autres Possibles.

C’est comme ça qu’on a découvert que l’ICAM Nantes (Institut catholique d’Arts et Métiers), propose depuis 2012 une formation unique en France et qui cartonne : coordinateur-animateur du recyclage. L’élève cité aurait fait gagner plus de 40 000 euros à l’entreprise dans laquelle il a fait son stage en alternance, juste en organisant la valorisation des déchets de l’entreprise.

On a cherché à en savoir plus auprès de Jean-Pierre Bernard, responsable de cette formation bac +2 reconnue RNCP en septembre 2016 (le Saint-Graal, pour eux). Il nous confirme qu’elle est assez révolutionnaire…

Ce qu’on a retenu :

Au début de la formation, les entreprises acceptaient les stagiaires en alternance un peu pour faire plaisir. Aujourd’hui elles se précipitent pour les avoir !

Les débouchés sont nombreux et les postes souvent atypiques, parce que nouveaux et transversaux. Des entreprises de toutes tailles et domaines, des centres de formation, des collectivités, des centres hospitaliers découvrent quelles ne peuvent plus se passer de ces nouveaux profils ! Les entreprises spécialisées dans le recyclage viennent aussi les chercher pour rester performantes dans un secteur très compétitif.

Aucun prérequis technique ou d’âge n’est demandé, mais il faut avoir les épaules d’un cadre (ne pas être introverti !), un niveau correct en maths, un sens de la gestion-comptabilité et surtout l’envie de s’engager dans le projet.

– La Région ne soutient plus cette formation car elle a d’autres priorités, et c’est bien dommage…

 

Le Solilab, espace partagé pour les Nantais de l’économie sociale et solidaire

On appelle ça un « tiers-lieu » et c’est très à la mode. Le Solilab a investi depuis 2014 des grandes halles en friche du côté du Hangar à Bananes sur l’Île de Nantes (en face du centre-ville). D’un côté, une pépinière pour des porteurs de projets de l’économie sociale et solidaire : entreprises ou associations, en espace de coworking ou dans des bureaux dédiés selon l’état d’avancement du projet. De l’autre, une grande ressourcerie ouverte au public, pour inviter les personnes extérieures dans cet écosystème. Une grande halle abrite cuisine et cantine à la bonne franquette, avec évidemment d’excellents produits bio pas chers. Notre rêve de bureau…

Ce qu’on a retenu :

– Souvent, on se file des coups de main de boulot et certains peuvent même travailler dans plus d’une structure. C’est aussi ce qui fait la richesse du coworking.

Les 150 personnes qui travaillent là utilisent… des toilettes sèches ! On a testé. L’endroit ressemble à des toilettes normales, est très propre et ne sent rien (comme des toilettes sèches, quoi). Le système utilisé est le tapis roulant. Quand on a fini, on appuie plusieurs fois sur la pédale pour voir le PQ disparaître vers le mur du fond, c’est assez drôle (on s’amuse d’un rien !). Après, le liquide part dans des cuves de phytoépuration à l’entrée du lieu, avec des plantes qui épurent donc aussi les eaux grises. Le solide est composté au fond de la propriété.

economie sociale et solidaire

economie sociale et solidaire

economie sociale et solidaire

economie sociale et solidaire

toilettes seches

phytoepuration

 

ECLAt, l’autoconstruction rationalisée

Au Solilab, on a rencontré Cédric dont l’association ECLAt accompagne les gens dans leurs projets d’autoconstruction et d’écoconstruction, ainsi que les professionnels qui travaillent en relation avec ces projets.

Ce qu’on a retenu :

– L’autoconstruction consiste à participer à l’élaboration de son propre logement, avec des motivations différentes : manque de moyens, envie de devenir propriétaire (promotion/ reconnaissance sociale), développement personnel (faire soi-même)… Avec des relations, de la technique et du temps chacun peut être propriétaire !

C’est un marché de plusieurs milliards d’euros, mais très éclaté et donc difficile à atteindre. Ça peut aller des petits travaux d’extension ou de rénovation, à la maison construite en terre-paille de A à Z en autonomie.

– Souvent, les gens viennent demander de l’aide à ECLAt quand il est trop tard. Les erreurs de début de chantier leur coûtent du temps, de l’argent, voire parfois leur couple ! Autre difficulté : l’autoconstruction ne rentre toujours pas dans les cases au niveau juridique, ce qui complique l’accompagnement.

 

Et aussi une librairie, des restos, des magasins de fringues…

Les Bien-Aimés est une librairie-café engagée, véritable institution dans le Nantes alternatif. On conseille vivement, d’autant qu’ils ont une délicieuse boisson coréenne à ingurgiter chaude ou froide selon la météo, dont on a oublié le nom.

Sur le chemin des Machines de l’Île et de leur incroyable carrousel (vraiment à faire !), Terroirs bio est une cantine-traiteur où tout est bio et local. Le gérant est un reconverti du sport automobile, qui s’est vraiment intéressé au bio au moment où il a eu des enfants.

Pour bien manger le midi ou boire un verre le soir (magnifique Pina Colada bio !), You! Food & Drink ne paye pas de mine mais c’est ce qu’on aime. On dirait un bar un peu kitsch, en fait c’est juste un endroit populaire où ça discute pas mal. Et il y a une terrasse.

La boutique Trésors partagés est intéressante pour le shopping et les cadeaux écolos. Très sympa aussi, le magasin de vêtements Modetic. Il est tenu par la très bonne marque de jeans française 1083, mais fait du multimarques (c’est original). Dans ces deux lieux, on trouve du (très) cher et du moins cher, en tous cas ils valent le détour.

Enfin, un très grand merci à Margot de nous avoir hébergés en couchsurfing pendant notre séjour à Nantes, et de nous avoir invités à une soirée fajitas avec ses collègues ! On a fait de belles rencontres et appris plein de choses sur le métier de « pion » 🙂

 

4. On passait par là : la ZAD de Notre-Dame des Landes

Avant d’arriver à la Maison Autonome, on est passés par Notre-Dame des Landes sur le conseil de Margot, pour se faire une idée.

On a d’abord découvert la départementale barrée, aux airs de décor de Mad Max. En cherchant sur internet, on a vu qu’il y avait un accueil. C’est une petite maison au centre de l’immense ZAD (1650 hectares !). On y trouve de la documentation en libre service et une bibliothèque à l’étage, avec une belle collection de l’histoire de la subversion (mais pas que). Nous avons aussi pu accéder à l’impressionnante tour de gué.

On a un peu échangé avec le responsable de la bibliothèque ce jour-là, et mieux compris ce qu’est la ZAD, avec ses 250 habitants permanents et ses moments forts de mobilisation (jusqu’à 40 000 personnes en octobre 2016 pour défendre la zone ; ce sont eux qui ont planté les « bâtons de la révolte » dans la photo ci-dessous). Mieux compris aussi la grosse épine dans le pied qu’est la ZAD pour le gouvernement ! On imagine mal que ce projet puisse vraiment se faire un jour…

Un documentaire est sorti le 3 mai 2017, Les pieds sur terre, qui parle de la vie dans la ZAD plus que du combat politique lui-même. La liste des projections est ici.

 

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5. La Maison Autonome, écohameau au nord de Nantes

Brigitte et Patrick vivent dans La Maison Autonome depuis plus de 40 ans, où ils sont autosuffisants en eau et en électricité. S’il y a bien des pionniers du « retour à la terre », c’est eux. Il y a quelques années, leur propriété est devenue l’Écohameau du Ruisseau avec l’installation de 2 autres foyers. Nous y étions à l’occasion d’une soirée projection-débat, suivie par une journée de visite guidée des lieux.

Ce qu’on a retenu :

le documentaire de la soirée : « Morfondé », de Maude Mandart. C’est le récit d’une incroyable expérience pédagogique où de jeunes adolescents ont construit, en parallèle d’une formation professionnelle atypique, un véritable village en maisons de bois qui a duré 20 ans. Ils y ont développé en toute autonomie des activités commerciales et des instances démocratiques (maire, conseil municipal). Ça se passait en région parisienne dans les années 50-70, et il existe de superbes archives…

Le concept-même d’autonomie. Le principe est simple : se réapproprier son temps et sa vie sans rien devoir au banquier, (re)trouver un sens à la vie sur terre, une spiritualité liée au respect de la nature et de l’homme. Comment faire ? Déjà, changer de rêves, travailler moins pour vivre mieux. Et porter moins d’intérêt à l’argent et davantage aux relations humaines créatrices de bonheur et de santé (c’est prouvé !).

– L’autonomie va de pair avec la limitation de nos besoins. C’est l’idée de « sobriété », qui gouverne tout programme d’avenir sur cette planète.

Quelques exemples à La Maison Autonome :

Autonomie en eau : récupérer l’eau de pluie en citernes (bien meilleure pour la santé !), adopter les toilettes sèches pour réduire sa consommation

Autonomie alimentaire (partielle) : cultiver ses propres fruits et légumes bio, élever des poules

Autonomie énergétique : fabriquer ses propres chauffe-eaux solaires, éoliennes, rocket stoves, investir dans quelques panneaux solaires (les leurs ont 35 ans et fonctionnent encore très bien)

Auto-construction : construire sa propre maison, et plus généralement ses propres installations. Ça permet de faire chuter les coûts et de savoir tout réparer soi-même ensuite. Investir dans une yourte tout confort en attendant que les travaux soient finis !

 

maison autonome

maison autonome

Phytoépuration derrière la maison pour les eaux grises

maison autonome

Le « zome », construit en 2000, dont le toit récupère l’eau de pluie qui part ensuite dans des citernes souterraines.

maison autonome

La maquette 1/10ème du zome, au centre du jardin mandala en permaculture

maison autonome

maison autonome

Un chantier de réhabilitation de hangar, en paille-terre, pour accueillir une famille de 4.

Prochaine étape du voyage : La Rochelle, avec des lieux de nature en pleine ville !

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6 Commentaires sur "Nantes et alentours, les premiers pas du Super Boby Tour"

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Marilyn
Invité

Trop bien !!! On en veut encore, et surtout ça me donne super envie de vous rejoindre!

Ravinet
Invité

J adore je vais partager a fond afin de soutenir ces belles initiatives!!! Et super boby!!!

Flo
Invité

Ça part bien ! Bonne route !

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