Manger écolo : tour d’horizon des conseils et adresses

Toute première fiche de cette Boîte à outils, et non des moindres : comment manger mieux ? Pour définir « manger mieux », disons que ce qui est bon pour l’environnement est toujours bon pour soi, alors que l’inverse n’est pas toujours vrai !

Action à la fois hautement culturelle, sociale, intime et même psychologique, ce qui en fait une habitude difficile à changer, « manger » recouvre de multiples sous-actions comme se procurer la nourriture, la cuisiner et gérer les déchets.

Examinons d’abord les principales recommandations écologiques sur « quoi manger »…

 

1. OUBLIER UN PEU LA VIANDE ET SES DÉRIVÉS

On ne le dit peut-être pas assez : manger trop de viande, surtout rouge, c’est catastrophique pour l’environnement pour plein de raisons. Occupation des terres pour l’élevage ou l’alimentation des bêtes (70 % des terres cultivables de la planète quand même, et autant de responsabilité dans la déforestation), pollution des sols et de l’eau, flatulences destructrices… On le sait, pourtant le hamburger n’a jamais été aussi à la mode et les restos ne brillent pas par leur choix de menus végétariens.

Oui, c’est vrai, pour ceux qui aiment c’est vraiment bon la viande et c’est difficile de s’en passer. J’en fais partie, et j’ai choisi de me restreindre sans arrêter. Mon programme pour l’instant :

– viande de boeuf bio 1 fois par mois, un peu comme une fête païenne au Dieu Boeuf !

– 1 poulet fermier bio par mois (un peu chaque semaine)

– 3 oeufs bio par semaine

– 1 fromage par semaine, que j’achète sur le marché à des petits producteurs

Le porc, j’ai quasiment arrêté depuis que je sais que 95 % des élevages français sont intensifs ; il est encore très difficile voire impossible de savoir si les animaux ont été élevés dans des conditions correctes (ou « sur paille », le must).

J’achète de la viande bio pour ne pas manger d’antibiotiques, hormones, fongicides et autres molécules de tout poil, car je considère que la chimie n’est tout simplement pas comestible (ce qui explique d’après moi les maladies qu’elle entraîne). Il faut savoir que le bio, concernant le boeuf et le poulet, garantit aussi le meilleur traitement des animaux.

En ce qui concerne le poisson, le tableau n’est pas brillant. Non seulement les stocks s’épuisent, mais à peu près tous les animaux marins sont plus ou moins intoxiqués, de la microbille de plastique venue de nos cosmétiques aux métaux lourds qui s’accumulent dans la chaîne alimentaire. Le tout revenant dans nos estomacs, personnellement je n’ai pas trop de mal à limiter ma consommation. Plus généralement, pour mieux consommer, il est conseillé de :

limiter notre consommation. Comme la viande rouge, ça devrait être quelque chose de plutôt exceptionnel.

éviter les espèces les plus menacées, comme le thon rouge, le requin et les poissons de grands fonds comme le flétan, le grenadier ou l’empereur.

– se renseigner sur la méthode de pêche et son impact environnemental plutôt que sur l’espèce ou la provenance, voir la super infographie de l’association Bloom pour s’y retrouver. D’après eux les labels « Pêche durable » n’étant pas tellement fiables, mieux vaut connaître les méthodes de pêche les moins destructrices d’espèces.

– privilégier du poisson issu de la pêche artisanale, l’équivalent en mer du petit agriculteur bio ou raisonné.

Cet article de Greenpeace est très clair sur le sujet, et le WWF propose un guide avec un code couleur, qui fait le point sur la situation des stocks et la gestion pour chaque espèce.

Consoguide poisson wwf

 

Les alternatives

Pour remplacer les protéines animales, rien de tel que l’association céréales-légumineuses. On a peu l’habitude de cuisiner les légumineuses, pourtant c’est délicieux et facile à faire, surtout pour celles qui n’ont pas vraiment besoin de trempage comme les lentilles corail. Contrairement aux idées reçues c’est très digeste et ça ne fait pas grossir ! Et rien de tel qu’un bon houmous fait maison sur une tranche de pain de campagne…

 

La spiruline est aussi un excellent substitut à la viande. Cette microalgue magique est produite en France, il faut ouvrir l’oeil car elle vient le plus souvent de Chine. Autre microalgue conseillée aux végétariens, la chlorelle a des vertus détox très intéressantes.

Sinon il y a bien sûr le tofu, à consommer avec modération car ce n’est pas une solution idéale vu l’impact important de son processus de fabrication ; ou encore pour les non végétariens les insectes, dont l’élevage a un impact très faible, qui sont d’excellentes protéines et que plus de 2 milliards de personnes sur Terre mangent déjà. Personnellement j’ai goûté mais je n’y suis pas encore !

Pour commencer, il faut cuisiner un repas végétarien. Puis 2, puis 3… Et l’habitude vient avec le plaisir. Pour des recettes, il y a les grands sites de recettes type Marmiton catégorie plats végétariens ou 1.2.3, Veggie ! pour la cuisine végétale.

 

2. MANGER LOCAL… et de saison

L’alimentation constitue 27 % de l’empreinte carbone des ménages français, avant les transports ! Malheureusement l’une des solutions les plus efficaces, manger local et de saison, est peut-être la chose la plus difficile à faire dans notre système alimentaire globalisé. Se passer de tous les aliments qui sont devenus des incontournables tout au long de l’année, citrons, avocats, courgettes, et que dire des bananes ! Une association française, Eco-citoyennetés, fait le point sur un menu plutôt banal :

« Combien de km a parcouru mon repas ?
Au menu : Salade de tomates et concombre / Saumon, riz et haricots verts / Ananas
Le saumon vient de Norvège, le riz basmati d’Inde, l’ananas du Costa Rica. En hiver, les tomates et le concombre viennent du sud de l’Espagne et les haricots verts du Maroc. L’eau minérale vient du Massif central.
Sans compter les kilomètres parcourus par les emballages, les ingrédients principaux de ce repas ont parcouru plus de 30 000 km. »

30 000 km, ça représente près de 6 tonnes de CO2 émis par une voiture « moyenne », ou plusieurs allers-retours à New York. Et encore, c’est la partie visible de l’iceberg, la partie immergée étant tous les produits non-frais que nous mangeons (plats préparés, céréales, conserves ou autres), dont la provenance n’est pas souvent indiquée, ou pas pour tous les ingrédients.

C’est pourquoi il vaut mieux se mettre à cuisiner et acheter un minimum de produits pré-préparés… Et des cours de cuisine sont toujours un chouette cadeau à offrir ou à se faire offrir !

Bon, mais si déjà j’arrive à ne manger QUE des fruits et légumes locaux et de saison, c’est une petite victoire. Car c’est loin d’être facile, même quand on diminue drastiquement la consommation de fruits exotiques. On croit bien faire en faisant ses courses au magasin bio, pourtant la plupart regorgent de fruits et légumes qui ont fait des milliers de kilomètres avant d’arriver là. Où est la logique, je vous le demande (dans le business, vous me répondrez).

Et puis on pourrait penser que manger local suffit. Mais non : « manger local » quelque chose qui n’est pas de saison, ça veut dire que ça a été cultivé sous serre a priori chauffée, ce qui est pareil voire pire que de l’importer d’un pays lointain selon plusieurs études. Pour réduire l’impact carbone, on repassera.

Il faut donc réapprendre quels sont les fruits et légumes de saison, ce qui n’est pas si simple non plus puisque tout dépend des régions, du climat de l’année, etc. Voici 2 options de calendriers des fruits et légumes de saison à afficher dans sa cuisine (cliquer sur les images) :

Franchement ? Le plus simple est encore de demander directement au vendeur ou producteur : ça vient d’où ? Et ça a été cultivé en serre chauffée ou bien… ? À chacun de mettre les formes !…

 

Faire ses courses

Pour ma part je vais principalement au marché du coin, chaque semaine, en suivant ce parcours :

1. petits producteurs locaux qui la plupart du temps ne vendent que quelques produits de saison (faits de façon raisonnée même si non bio) ;

2. produits français de saison sur les étals bio ;

3. bio pas de saison ou qui vient d’ailleurs (le moins loin possible), sur les mêmes étals, et dont je considère que j’ai vraiment besoin.

Le mieux sinon est de se rapprocher d’une AMAP, « Association pour le maintien d’une agriculture paysanne », très bon marché, ou d’une Ruche qui dit oui où le choix des produits est très large.

Il y a aussi les supermarchés collaboratifs, en plein boom, comme La Louve à Paris, où la traçabilité des produits est la règle et les prix très intéressants. On en trouve aujourd’hui à Lyon, Grenoble, Marseille, Montpellier, Toulouse, Biarritz, Bayonne, Bordeaux, Nantes, Lille, Mulhouse, Nancy, Bruxelles, Charleroi, pour ceux qui ont la chance d’en avoir déjà un près de chez eux !

Enfin rdv à cette adresse pour découvrir plein d’initiatives pour manger local en France, par le ministère de l’Agriculture. Attention quand même, l’article date de 2014…

 

3. MANGER BIO ou presque

Si on suit la logique du point 2, en choisissant bien ses producteurs locaux on n’aura pas trop de mal à manger bio « ou presque », c’est-à-dire « raisonné », respectueux de la nature pour faire simple, même si ça ne veut pas dire zéro pesticide. Mieux vaut ça qu’acheter du bio qui vient de très loin et produit dans des conditions pas forcément très reluisantes.

Pour tout le reste, hors fruits et légumes ou produits de la ferme, j’achète 100 % bio. Ça coûte plus cher, mais je paye la qualité et je vois ça comme un geste engagé de soutien aux bonnes pratiques ! Par contre j’essaie de bien regarder à qui je donne mon argent 🙂

Gros bémol, malgré tout : comme beaucoup de Parisiens je vais pas mal au restaurant (ce qui n’arrange pas mes finances non plus), et là pas facile de choisir systématiquement un resto bio ou végétarien. Le choix reste mince… MAIS je vous propose une carte des restos où manger local en exclusivité ici ! Pour les restos bio, la carte de Place to Bio est très bien, ainsi que, côté vegan, Vegoresto.fr.

Conclusion : sauf à bien choisir son resto, on ne contrôle ce qu’on mange qu’à la maison, et encore en étant vigilant. C’est un challenge qui en vaut la chandelle : non seulement les produits locaux et de saison sont moins chers, mais ils ont bien meilleur goût (surtout en bio) !

 

4. SURVEILLER LES CULTURES INTENSIVES, bannir l’huile de palme

Déjà, bannir l’huile de palme. C’est pas possible que toutes ces forêts primaires soient rasées pour fabriquer des produits alimentaires médiocres (après l’Indonésie et la Malaisie, l’Afrique). Je ne fais pas confiance à la mention d’huile de palme « durable » non plus car elle n’est ni ambitieuse, ni suffisamment contrôlée. Près de la moitié des produits en supermarché en contiendraient. (Soit dit en passant c’est le biodiesel qui a englouti la plus grande quantité d’huile de palme en Europe en 2015… L’ennemi est partout !)

Mais l’huile de palme n’est pas la seule à pointer du doigt. Prenez  l’avocat, fruit ultra tendance au succès planétaire ô combien justifié, non seulement délicieux mais tout aussi excellent pour la santé. Le problème des succès planétaires, c’est toujours pareil, c’est la production industrielle intensive… Alors voici quelques aliments à surveiller de près, liste non exhaustive :

l’avocat : déforestation massive, catastrophe écologique au Mexique et en Afrique du sud ;

le sucre : selon le WWF, une culture destructrice de la biodiversité, extrêmement gourmande en eau, polluante et qui provoque une forte érosion des sols ;

le chocolat : responsable de déforestation comme l’huile de palme, et dont le processus de transformation industrielle est très lourd en carbone ;

– le café : il pousse normalement à l’ombre de la forêt équatoriale, mais pour les besoins de la culture intensive on déforeste et on le fait pousser au soleil ;

comme dit plus haut à propos du tofu, le soja n’est pas non plus la panacée ;

– attention à l’ail, au piment, aux épices dont la forte demande induit de mauvaises pratiques environnementales et humaines.

 

Les solutions :

Réduire sa consommation pour envoyer un signal au marché (« on n’en veut plus ») ;

– Choisir les produits les moins transformés donc les plus bruts et artisanaux possibles ;

– Acheter bio (les pesticides des cultures intensives sont une grande partie du problème) et commerce équitable (productions davantage contrôlées) ;

– Acheter local, il y a des avocats de Corse pendant une partie de l’année, de l’ail français, idem pour le quinoa qui n’est pas dans la liste mais dont la demande a explosé ces dernières années ; on en trouve du français en magasin bio.

Et j’alimenterai cette liste à chaque alerte de la sentinelle Super Boby !

Pour conclure ces 4 premiers points, voici une animation très bien faite sur l’agriculture industrielle au niveau mondial, 13 minutes pour comprendre l’agro-business mondialisé et la nécessité de passer à l’agro-écologie

5. REGARDER LES ÉTIQUETTES, POSER DES QUESTIONS

Le 5ème point recoupe tous les autres de cette liste : devenir un Sherlock Holmes de l’étiquette. Souvent on n’y pense tout simplement pas, et les écritures minuscules n’encouragent pas à s’y intéresser. Pourtant tous les produits ont une histoire, et c’est en la connaissant qu’on peut mieux acheter. D’où vient le produit et/ou tous ses composants ? Comment a-t-il été cultivé ? A-t-il subi des transformations demandant beaucoup d’énergie ?

On peut par exemple poser la question, au restaurant, de la politique de qualité des produits (y a-t-il du bio ? du local ? du fait maison ?). Pour les fruits et légumes qui sont a priori hors saison, on peut demander s’ils viennent d’une culture à l’air libre ou sous serre (la mention « cultivé sous serre » n’est pas obligatoire). Concernant les étiquettes, il faut savoir 1. que les ingrédients sont indiqués dans l’ordre des proportions, 2. que s’il y a plein de mots bizarres c’est en général mauvais signe.

Bien sûr on ne peut pas tout savoir, par exemple si un produit lointain a voyagé par bateau ou par avion (près de 50 fois plus polluant selon cette étude). Aparté : la plupart des produits exotiques frais ont voyagé par avion pour rester frais, tout comme les produits fragiles (fruits, poisson, crevettes, asperges, haricots verts). Des exceptions : bananes, avocats et mangues sont généralement acheminés par bateau.

Poser des questions n’est pas toujours évident. Parfois les circonstances ne s’y prêtent pas. Serveur désagréable, effervescence du marché où il faut acheter en quatrième vitesse, commerçant suspicieux d’avoir devant lui un écolo-justicier relou. Oui, il y a tout ça. Mais si on se lance quand même, ou dans les occasions plus favorables, les bénéfices en valent vraiment la peine :

  • vous avez votre info et achetez en connaissance de cause ;
  • vous signalez au commerçant que ces questions vous intéressent, et donc devraient l’intéresser aussi puisque vous êtes un client. Si ne pas acheter est un signal au marché, s’exprimer directement est bien plus efficace !
  • vous avez une discussion avec quelqu’un qui peut penser différemment, une occasion d’échanger si vous souffrez comme moi d’une tendance générationnelle à l’individualisme !

 

Dernier petit conseil, pour ceux qui habitent en périphérie urbaine ou à la campagne : évaluer les meilleures solutions par rapport au nombre de kilomètres parcourus en voiture pour faire ses courses (qui représentent 11 % de l’ensemble de nos émissions de gaz à effet de serre en France). Si le magasin bio est loin, mieux vaut anticiper et s’approvisionner pour longtemps…

Pour résumer :

  1. Manger moins de viande ;
  2. local et de saison ;
  3. bio ou presque ;
  4. surveiller les cultures intensives ;
  5. regarder les étiquettes, poser des questions.

Un bon programme pour transformer son rapport à la nourriture et au monde en privilégiant le goût, la santé et l’économie locale !

 

Crédits images : Giuseppe Arcimboldo, « L’Été »

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5 Commentaires sur "Manger écolo : tour d’horizon des conseils et adresses"

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veyrat
Invité

Style incisif , simple , et précis , a suivre …

ANTOUANE
Invité

Quel travail ! Tout est précis et bien documenté. C’est aussi un très bon résumé. Par contre j’aimerais bien savoir à quel moment on trouve des avocats corses ?

Jean
Invité

Bravo Diane pour ce blog. Je viens de lire l’ensemble de ta production et, en plus d’être intéressant, c’est très bien écrit. Encore félicitation. Bises.

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