3 choses que je sais de la fin du monde

Connaissez-vous Ekopedia, le Wikipedia de l’écologie au quotidien ? C’est une mine d’informations pour qui souhaite vivre de façon plus écologique.

En flânant au hasard de ses entrées, je suis tombée sur une affirmation étonnante : « L’écologie et ses acteurs sont malgré eux très anxiogènes. Séparément, disons que c’est raisonnable, mais du point de vue d’un observateur lambda, la somme de ces messages décrivent la fin du Monde demain matin. »

Merci à leur auteur pour ces deux phrases géniales, parfaite introduction à cet article. Je vous propose en effet de parler de cette fin du monde (entendue dans son sens courant, c’est-à-dire la fin de l’humanité) telle qu’elle est redoutée, dans un futur trop proche, par nombre d’écologistes et autres spécialistes du climat.

Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas m’étaler sur les choses qui font peur (le réchauffement climatique et la disparition des espèces suffiront, allez hop, c’est fini, je vous l’avais dit). Non, ça je le garde pour moi (et je me soigne). Restons sur l’image d’Homer Simpson pour garder un peu de distance avec ce sujet assez délicat à prendre frontalement.

 

Keep calm and réfléchis

Ce dont je veux parler aujourd’hui, c’est des conclusions que tout cela m’inspire. Car il y a du vrai dans l’affirmation d’Ekopedia : les écolos sont surinformés sur des thématiques qui concernent les conditions de la vie sur Terre, or celles-ci, comme chacun sait, donnent moult raisons de s’inquiéter dans les décennies à venir. J’ai donc pas mal réfléchi à la question « malgré moi », effectivement.

Mais venons-en au fait, et imaginons pour l’exercice que les arguments des scientifiques les plus « pessimistes » soient fondés. Car s’ils le sont, ce qui suit devient une condition de la survie de l’humanité. Et s’ils ne le sont pas, on aura enfin pris l’habitude de la prévention (#mieuxvautprévenirqueguérir), avec à la prime de vrais changements de société qu’on attend tous, ne nous mentons pas (#99%power).

Imaginons donc, par exemple, que la société industrielle « s’effondre » suite à un méchant krach boursier, hop, pénurie de pétrole, pas grand chose à se mettre sous la dent, paf, des situations bien pourries dans tous les sens, bim, le tout à partir de 2020 et avec comme horizon l’augmentation des températures.

Que faire de cette hypothèse, me direz-vous ? Eh bien c’est là que je partage avec vous mes modestes conclusions.

 

De l’importance du choix des mots : « transitionner » ou « se préparer » ?

On parle beaucoup de « transition » en écologie, à commencer par ce blog qui souhaite aider les « humains en transition ». Globalement, on peut dire que ce concept sous-entend le passage d’un état actuel insatisfaisant à un état futur satisfaisant, voire à des lendemains qui chantent.

Tout compte fait, ce terme me paraît insuffisant, voire erroné. D’abord, la plupart des gens semblent assez satisfaits de l’état actuel de leur environnement, d’un point de vue écologique en tous cas, pour ne pas avoir réellement envie de « transitionner ». Et vu le rideau de fumée consumériste qu’ils ont devant les yeux, qui les maintient dans l’idée qu’ils n’ont pas grand chose à voir avec tout ça (je le sais, j’y étais il y a même pas 2 ans), ça ne rend pas très optimiste sur la transition à grande échelle dont nous avons besoin urgemment (et voilà, encore cette sacrée écologie anxiogène).

Ensuite, ça dépend de ce qu’on entend par « futur satisfaisant », mais si on imagine des écolieux et des villes vertes partout, on risque d’être très déçus. Il va y avoir des trucs pas très « bienveillants », c’est sûr. On risque d’être plus proches de situations chaotiques qu’on devra gérer comme on peut là où on se trouvera.

En conséquence, je pense qu’on devrait repenser l’idée de « transition » à travers le prisme de la « préparation ».

On ne « transitionne » pas vers un monde radicalement différent et incertain ; on s’y prépare tant bien que mal, et le jour venu, on s’y adapte. C’est logique, non ? Et si on ne nomme pas un chat un chat, comment fait-on pour être tous d’accord que c’en est un ? Le problème c’est que comme on est face à un tabou monumental, les mots avancent masqués…

Mais bref, passons, car j’entends déjà la question à 100 000 $ : « Ok, mais comment on se prépare alors ? »

 

3 ingrédients : Vous, Nous et les politiques

1. Chacun se doit de limiter la casse (Vous)

D’abord, il est bien évident que meilleur sera l’état du monde, plus facile sera la (sur)vie. Par exemple, on peut dire sans avoir peur de se tromper qu’une augmentation de la température mondiale moyenne de 3 °C sera plus favorable à la vie sur Terre qu’une augmentation de 5 °C. Je crois que c’est clair pour tout le monde, d’ailleurs. Ce qui l’est moins, c’est la réalité de l’implication INDIVIDUELLE de chacun d’entre nous dans les problèmes qui nous menacent.

Oui, vous qui achetez des choses qui viennent de loin, sachez que si à la place vous achetez des choses qui viennent de près vous aurez un impact positif énorme ! Avouez que ce serait dommage de ne pas le faire.

Ce n’est qu’un exemple entre mille, et je vous invite à lire les pages de ce blog pour en trouver d’autres (comme ici ou ), ou celles du site Ça commence par moi pour en avoir 365. Avec une initiative par jour, ça donne de quoi s’occuper pendant au moins un an.

Pour ma part, je peux témoigner qu’un an suffit effectivement pour faire de grands changements dans sa vie et réduire considérablement son impact écologique. Et mon parcours est très banal : le jour où j’ai eu le temps de me pencher vraiment sur la question de l’écologie, je me suis rendue compte que je n’étais absolument pas « écolo », contrairement à ce que je croyais depuis toujours. Quasiment toutes les personnes que je rencontre et qui sont dans une démarche de réduction de leur impact sur la planète sont dans le même cas : le changement a été récent et radical, et ce dans toutes les classes sociales. Et si j’ai profité d’une période de chômage pour me plonger dans ces questions, la plupart des gens n’en ont pas eu besoin pour se lancer.

Il y a donc beaucoup d’espoir ! Un exemple : le défi « Rien de neuf«  lancé par l’association Zero Waste France en janvier 2018 a réuni 7000 participants en quinze jours. Le compte tourne encore… Le concept : pendant un an, ne rien acheter de neuf qui ne soit vraiment indispensable et introuvable d’une autre façon. Inutile de vous dire que Super Boby est de la partie !

 

2. Apprendre dès aujourd’hui à se serrer les coudes (Nous)

Faire des réserves de nourriture pour 10 ans en se barricadant avec des armes, c’est une idée mais ça ne marche pas : ceux qui le font seraient les premiers visés dans les situations extrêmes. Et puis quel intérêt de survivre dans un bunker ?

D’ailleurs, alors que notre culture nous enseigne que le moteur de l’évolution/du progrès est la compétition et la défense des intérêts particuliers (loi du plus fort, main invisible…), c’est tout le contraire : c’est la collaboration qui est source de vie – et de survie.

Tout n’est qu’interdépendances et interactions, et les découvertes révolutionnaires de la physique quantique ne disent pas autre chose.

À ce propos, je conseille 3 lectures, très utiles car elles aident à changer vraiment de perspective et, comme l’a dit Einstein, « on ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré » :

– le hors-série de Kaizen (magazine créé par Cyril Dion, l’un des auteurs du film Demain) sur « Le souffle quantique ». On s’y familiarise avec l’infiniment petit, qui défie les lois de l’espace, du temps et de la perception et révèle des interconnexions insoupçonnées.

« L’entraide, l’autre loi de la jungle », par Pablo Servigne et Gauthier Chapelle, qui montrent que, si la loi du plus fort (la compétition) existe, elle n’est pas la seule loi naturelle contrairement à ce qu’on nous répète depuis toujours. Une passionnante recherche hyper documentée mêlant écologie, biologie, psychologie et qui rassure et donne des pistes pour vivre dans une société de la coopération.

le livre de l’anthropologue Anna Tsing, « Le champignon de la fin du monde ». Plus costaud à lire, mais unique et passionnant, il s’intéresse à un écosystème né sur dans des forêts sinistrées pour proposer une nouvelle lecture de notre monde dont une caractéristique dominante serait déjà la « précarité ». Anna Tsing appelle à regarder autour de nous plutôt que vers un avenir toujours dirigé vers le « progrès ». Car : « Aucun des récits portant sur le progrès ou sur sa ruine ne nous a jamais aidés à penser la possibilité de survivre de manière collaborative. Voilà pourquoi il est opportun de prêter attention à ces cueilleurs de champignons. Non pas pour nous sauver, mais pour relancer notre imagination. »

 

Nous savons que la société souffre d’individualisme. C’est le moment d’apprendre à se connecter les uns aux autres, pas seulement sur internet mais aussi dans la vraie vie. Plus on tissera de réseaux d’échange et d’entraide au niveau local, mieux on s’en sortira !

Concrètement, ça veut dire sortir de chez soi, participer à des projets solidaires ou d’intérêt collectif, favoriser l’économie locale, bref faire partie de la vie de la cité. Les colibris ont pour cela créé une carte qui peut être un bon point de départ, Près de chez nous, sinon les associations locales sont autant d’options pour s’investir dans la vie de la communauté.

Évidemment, ça implique de croire en l’humanité, d’aimer son prochain, de lutter contre les discriminations… Car les systèmes les plus solides sont les plus diversifiés. Nous avons besoin de prendre des décisions ensemble, de dialoguer de façon respectueuse et constructive entre sexes, entre générations, entre cultures. Pour trouver des solutions aux défis futurs, nous avons besoin de penser différemment, et donc de laisser s’exprimer tous nos talents. La nature aime la diversité, et la diversité est un véritable berceau de vie… Se serrer les coudes, on a dit.

 

3. Alpaguer les élus locaux

Imaginer le pire pour mieux parer à toute éventualité, c’est quelque chose qu’on peut difficilement faire seul dans son coin, voire en petit groupe. Ça demande une vraie orientation politique. Car si le grand public n’a aucune idée de quoi faire pour se préparer et construire une société « résiliente », résistante aux chocs, nombreux sont les spécialistes qui savent : scientifiques, associations, projets citoyens qui ont fait leurs preuves.

Nous avons tout à portée de main, mais les politiques sont le reflet de la population : ils ont le même rideau de fumée devant les yeux, ou ne savent pas par où commencer, ou sont carrément sceptiques. Ils n’ont pas la culture des jeunes générations qui se mobilisent en masse pour freiner le bolide.

Il faut donc les aider ! Pour le commun des mortels, le plus faisable sera d’interpeller les élus les plus proches. État, région sont bien plus difficiles d’accès pour les collectifs citoyens. Car plutôt que d’y aller tout seul (ce qui reste quand même une option, les élus locaux étant souvent demandeurs de messages de leurs administrés), autant rejoindre une association qui suit déjà les actions des collectivités locales en matière d’écologie.

Les possibilités sont nombreuses, en faisant une recherche internet « association + écologie + nom de votre ville ou collectivité » vous aurez déjà de la matière pour avancer. Prenez contact, participez à un événement…

Renseignez-vous aussi sur l’existence d’un Plan Climat. C’est un document qui, après diagnostic des spécificités du territoire et parfois concertation publique, liste les actions à mener sur 6 ans pour atteindre des objectifs qui, combinés partout dans le monde, sont censés maintenir la température globale en-dessous des 2 °C par rapport à la période pré-industrielle.

Toutes les intercommunalités de plus de 20 000 habitants doivent mettre en œuvre un Plan Climat à partir de 2018. C’est un bon support pour les associations pour suivre la progression du schmilblick – mais elles ont besoin de votre aide.

 

Et voilà ! Pour résumer, dès aujourd’hui commencez à : devenir écolo, croire en l’humanité, et interpeller vos élus, seuls ou via une association locale. Ce sont les 3 meilleures choses à faire en cas de fin du monde à venir !

Et vous, avez-vous d’autres idées de transi-préparation ?

 

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2 Commentaires sur "3 choses que je sais de la fin du monde"

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Antouane
Invité
Salut superboby. Content de te savoir de retour. T as un truc qui brille à la patte non? Cette « préparation «  au changement j’essaie d’en être tu sais. Et c’est déjà une petite révolution. Mais quand j’ai fait le test du nombre de planètes qu’il faudrait si tout le monde vivait comme moi et que j’ai obtenu 2 j’ai compris deux choses : 1 – je suis coupable 2 – j’y arriverai jamais. Parce que j’étais tellement fier de pouvoir répondre au QCM que je roule à velo et/ou éventuellement en voiture électrique ; tellement joyeux de dire que je… Read more »